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Colloque : Réalités plurielles de l’exclusion à la lumière de la psychanalyse

Organisé à Grenoble par l’association de la cause freudienne les 27 et 28 novembre 2009

Article mis en ligne le 11 octobre 2009

par Anne S.

… On a cru un temps que la mission du psychanalyste c’était ceci : plaider pour un moins de répression, un moins de pression éducative, donc un moins de normes. Notre tâche sera surtout de faire valoir la folie de la norme, ce qui dans une norme est son point de folie »

L’enjeu de cette rencontre est le dialogue entre psychanalyse, justice, éducation, psychiatrie, travail social… Son pari, la création d’un espace d’échange pour ceux qui, au quotidien, doivent traiter ce que toute civilisation produit inévitablement : des formes plurielles de ségrégation. En effet, le délinquant, le criminel, l’enfant en difficulté, le malade mental, l’étranger, le sans emploi… sont autant de figures de l’écart vis-à-vis de la norme, ce pur produit de fiction qui dirait l’humanité sans défaut.
S’érigeant au nom des valeurs de la civilisation, cette norme sécrète ce qui l’excède : un inassimilable que la justice, l’éducation, la psychiatrie et le travail social doivent accueillir. Coup de tonnerre brisant le sommeil de celui qui rêve à une réalité sans contrastes, la souffrance crie : quand il parle de l’humanité, l’énoncé de la norme est faux !

La visée totalitaire de la norme, la certitude de son « pour tous », n’a d’égal que ce que la découverte freudienne permit de formaliser sous le concept de pulsion de mort. Travestie avec les oripeaux d’une culture, ignorant la décence du doute, la mort siège au sein de cette norme, aux antipodes de la possibilité de dire.
Il y a des exclus : d’un pays, d’une famille, d’un rêve, de la parole, de la santé, du travail, du semblant… Leur témoignage est interprété par un homme de loi, un soignant, un enseignant, un travailleur social… Leur dire révèle que les êtres parlants se lient par leur consentement à ce que, de l’autre, ils ne savent pas. Le degré de civilisation d’une société pourrait se jauger à sa capacité de reconnaître cette ignorance et de l’élever à la dignité de l’énigme.

Exilés de l’idée d’une vérité pour tous, des psychanalystes confrontent leur expérience et les leçons qu’ils en tirent avec celles d’autres praticiens : pari qu’un savoir nouveau en émerge et trouve droit de cité, à l’abri de la ségrégation que produit le déjà su. Si pour Freud il n’y a pas de civilisation sans malaise, l’œuvre de Lacan donne toute sa portée aux raisons structurelles de ce défaut, source possible de construction et d’invention.

Le croisement des discours proposé par le colloque de l’Association de la Cause Freudienne Rhône-Alpes témoignera des raisons éthiques de ne pas céder aux fantasmes de normalisation. Si, comme l’affirmait Jacques-Alain Miller, les psychanalystes peuvent « faire converger les critiques, les transformer en force matérielle, éclairer l’opinion, peser sur les choix de nos dirigeants politiques » , leur dialogue avec les autres discours doit démontrer l’irréductibilité du désir aux sombres impératifs de la gestion.

L’étude de la psychanalyse permet d’appréhender le nouage du plus intime avec la sphère sociale ; elle démontre ainsi l’utilité publique d’un savoir capable de donner son concours au cas par cas. Des psychanalystes invitent des juristes, des psychiatres, des enseignants, des travailleurs sociaux… à parler de leur façon d’affronter les effets de la norme et les conséquences de son imposture : leurs réponses, plurielles et nécessaires, éclaireront des formes possibles d’accueil et de traitement des exceptions.

Laurent Eric, “Après le trauma”, conférence prononcée à Grenoble, lors du colloque de l’ACF RA, “Traumatisme et fantasme”, le 19 novembre 1995, publié dans Par Lettre N°1 (épuisé). Miller Jacques-Alain, “Au lecteur” in LNA numéro 8, Paris, février 2008.

Bulletin d’inscription :

Réalités plurielles de l’exclusion à la lumière de la psychanalyse

Lieu : Centre Régional de Documentation Pédagogique, GRENOBLE

Vendredi 27 novembre

- 14h - Introduction par Philippe Michel, Délégué Régional de l’ACF.
Y a-t-il un Bien commun ?

- 14h30 - Le rôle de l’avocat dans l’émergence d’une parole de défense : cheminements "de l’intimité de la personne à l’expression d’une parole".
Comment dans l’intimité d’une défense établir un lien de confiance et faire germer la crédibilité d’une parole de défense. L’établissement d’une relation au regard des diversités des situations. A quelles difficultés sera confronté l’avocat ? Doit-il s’opposer au client et à sa parole dans l’intérêt même de la défense ? Comment situer sa propre responsabilité entre la conscience de la défense et le respect de l’être concerné ?
Par Denis Dreyfus, avocat associé au Barreau de Grenoble, cabinet CDMF Avocats, spécialiste de droit pénal, ancien Bâtonnier de l’Ordre des Avocats, ancien président du centre de formation professionnelle des Avocats de la Cour d’appel de Grenoble, membre du conseil de l’Ordre.

- 15h 00 – Discussion

- 15h20 - Flash (avec Jean-Pierre Cardi, Proviseur du lycée agricole du Valentin, Bourg les Valence)

- 15h30 - Tracer une voie nouvelle dans l’impossible d’éduquer.
Freud en son temps avait porté un diagnostic ferme et lucide sur trois professions, éduquer, gouverner, psychanalyser, tout en faisant valoir comment ces trois métiers pouvaient prendre appui sur sa découverte essentielle, la pulsion de mort, dont il rappelait à un autre savant, Einstein, l’importance dans ce qui fonde toute civilisation. Lacan lui nous montre grâce à l’expérience qu’il déduit de sa pratique analytique comment on peut faire de ce qui fait impasse un levier pour remettre en mouvement un désir. On présentera ce que nous a appris de travailler avec des professeurs.
Par Philippe Lacadée, Psychiatre, psychanalyste, membre de l’Ecole de la Cause Freudienne et de l’Association Mondiale de Psychanalyse, praticien attaché au ACS de Cadillac, AIHPsy, enseignant à la Section Clinique de Bordeaux.

- 16h00 - Discussion

- 16h15 - Une psychiatrie d’exception.
L’OPA récente de la psychiatrie sur ladite santé mentale traduit la médicalisation de l’existence et s’accompagne de nouvelles figures de la rationalité médicale, au premier rang desquelles se trouvent les thérapies cognitivo-comportementales qui épinglent les sujets à partir de leurs conduites et réduisent la souffrance à un comportement. Parallèlement la santé devient un marché sur lequel lorgnent les capitaux privés.
La psychiatrie saura-t-elle résister à la normalisation généralisée des conduites, créatrice de ségrégations multiples ? Saura-t-elle résister à la constitution de paranoïas groupales, fruits de cette même ségrégation ? Saura-t-elle résister à une extension sans précédent du dispositif sécuritaire qui va bien au-delà de son champ d’action ? Saura-t-elle résister au règne de l’expertise généralisée, à la protocolisation mortifère des soins ?
L’idée, soutenue par Lacan au soir de sa vie, que « tout le monde délire » nous conduit vers une toute autre orientation : celle de faire de la vie de chaque patient un cas particulier.
Par Dominique Wintrebert, Psychiatre des hôpitaux, chef de service au CHLes Murets (La Queue-en-Brie), AIHPsy de la région parisienne, enseignant à la Section Clinique de Paris-Saint-Denis.

- 16h45 - Discussion
Au cas par cas

- 17h00 - Grégory.
L’histoire de Grégory, jeune homme sans passé et représenté par le signifiant « incapable », a été construite par la justice autour de ses expériences sexuelles. Dès lors identifié comme un « délinquant sexuel », il est expulsé de son cadre habituel. La contingence lui fait rencontrer le discours analytique, avec lequel il s’attache un temps à occuper une place où chacun peut le reconnaître comme utile. Nous parlerons du temps de l’instruction, où Grégory a pu construire une ébauche de solution en rentrant dans un cadre défini par quatre points : justice, psychiatrie, psychanalyse et foyer éducatif.
Par Florence Vignon-Tranchand, Psychanalyste, membre de l’ACF Rhône-Alpes et du CERCLE, Centre d’Étude et de Recherche en Clinique Lacanienne.

- 17h30 - Lucien, l’exclu du sommeil.
Lucien, un adolescent, souffre d’insomnies qui l’empêchent de rester éveillé en cours. S’amorce alors un retrait, d’abord de la scolarité et aujourd’hui de la société peut-être. Entre déscolarisation et désocialisation, le jeune homme tente une solution en impasse : écrire un livre...
Par Dominique Rousseau, psychologue en CMPP (Hauts de Seine)

- 18h00 - Discussion

Samedi 28 novembre

Matin

Lieux d’être

- 9h30 - Un nouage civilisé. Justice, enfance et clinique.
La protection de l’enfance convoque le droit et l’éducation. S’il fut une époque où les parents étaient écartés du placement de leur enfant, ils demeurent aujourd’hui au centre d’un processus marqué par la judiciarisation propre à nos sociétés pétries par la revendication des droits et du statut de victime.
L’orientation analytique offre une autre logique que cet effet de balancier : l’usage des semblants, un rapport modéré à la vérité et à la transparence... contribuent à faire de l’accueil d’enfants en souffrance, pas sans parent, un nouage civilisé.
Par Nicole Tréglia, psychanalyste, membre de l’Ecole de la Cause Freudienne et de l’Association Mondiale de Psychanalyse, enseignante à l’Antenne de Grenoble de la Section clinique de Lyon.

- 10h00 – Discussion.

- 10h15 – Et l’enfant fut.
Les pratiques en institutions sont des pratiques relationnelles qui donnent corps aux représentations de l’enfant, de sa famille tel que les professionnels en témoignent.
La supervision permet de faire apparaître l’enfant. Celui dont on s’occupe. L’autre, l’enfant réel – objectif- lui, reste opaque.
De même, à partir des écrits du dossier, peut se déduire l’enfant et les parents avec lesquels les professionnels travaillent.
Le savoir d’une équipe est toujours riche pour peu qu’un usage de la parole le mette en valeur en soutenant son déchiffrage dans l’établissement de ce qui le compose. Ce savoir construit dans la réunion de supervision vient de ce qui trouble, agite dans le lien à l’enfant et à sa famille.
En isolant les significations troublantes, d’autres mots peuvent apparaître, rendant la langue davantage vivable. C’est ce travail que soutient le psychanalyste.
Par Serge Dziomba, psychanalyste, membre de l’Ecole de la Cause Freudienne, de la New Lacanian School et de l’Association Mondiale de Psychanalyse.

- 10h45 – Discussion.

- 11h00 – Flash (avec Marie Reitberger, enseignante détachée à la mission de lutte contre le décrochage scolaire).

- 11h15 - Le banquet de Nonette.
Une institution pour autistes tel que le Centre Thérapeutique et de Recherche de Nonette peut paraître cumuler tous les traits ségrégatifs ; comment avec l’orientation analytique peut-on se servir de cet apparent paradoxe pour produire des effets de civilisation ?
Par Jacques Borie, psychanalyste, membre de l’Ecole de la Cause Freudienne et de l’Association Mondiale de psychanalyse, coordinateur de la Section clinique de Lyon, Président de l’Association de Gestion du C.T.R. de Nonette.

- 11h45 - Discussion

- 12h00 - Pause

Après-midi

Les moyens de la réalité

- 14h00 - Le droit des mineurs en France : un droit spécial ou une banalisation du droit des majeurs ? Au moins un analyseur de la place des mineurs dans la société.
Au XIX ème, l’enfant délinquant était dangereux : il mettait en danger la société par ses actes, il fallait s’en protéger par l’enfermement.
Courant XX ème, la société prend en compte la personne de l’enfant, le danger que vit l’enfant délinquant : il faut le soigner de son "délit-symptôme."
Au XXI ème, de nouveaux textes : il faut juger vite des faits qui font peur. Y a-t-il une place pour l’enfant ? Est-il seulement un délinquant, auteur de faits ? Est-il encore un être en devenir ?
Par Jean-Marie Fayol-Noireterre, magistrat honoraire, ancien juge des enfants, ancien président de cours d’assises, membre du CIEN (Centre Interdisciplinaire pour l’Enfant, Institut du Champ Freudien).

- 14h30 - Discussion

- 14h45 – La non-exclusion comme réponse.
Lors d’une intervention une nuit pendant mon temps d’astreinte, j’ai été frappé au visage par une adolescente. L’adolescente a été mise à pied pour sanctionner ce passage à l’acte, puis nous l’avons accueillie de nouveau dans l’établissement. Cette décision a provoqué un débat très animé au sein de l’institution dont la majorité des membres réclamaient son exclusion.
Entre la représentation symbolique institutionnelle du directeur adjoint, la dimension pénale d’une agression physique qui a entraîné le dépôt d’une plainte, et la considération de cet évènement dans l’histoire d’un sujet, ce fait et ses conséquences ont posé la question du traitement adapté d’une telle situation dans un cadre éducatif.
En refusant l’application d’un modèle de réponse toute faite, le choix d’une solution subjective a bousculé l’équilibre institutionnel et les représentations du plus grand nombre.
Par Guy Vincent, directeur-adjoint à la Maison d’Enfants Clair matin (Vaugneray- Rhône).

- 15h15 – Discussion

- 15h30 – Une pratique exposée.
Le cpct précarité (Centre Psychanalytique de Consultation et de Traitement) de Lyon reçoit celles et ceux qui y sont adressés par des travailleurs du champ social, des institutions de réinsertion (par exemple des sortants de prison), mais aussi le tout venant, souvent égaré dans une recherche « d’accès au soin ».
La précarité n’est pas étrangere à la psychanalyse, elle est au fondement de sa pratique de parole.
La pratique exposée du cpct vérifie la formulation de Jacques-Alain Miller selon laquelle « nous ne distinguons pas la réalité psychique de la réalité sociale ». Cette pratique ouvre une nouvelle perspective sur les modalités de la désinsertion.
La question de la santé mentale a investi le champ des institutions sociales ; Canguilhem, déjà, opposait santé publique et santé subjective. Le discours psychanalytique travaille, pas sans les autres discours, à rétablir un lien pour un sujet avec les conséquences de sa parole.
Par Nicole Borie, psychanalyste, membre de l’Ecole de la Cause Freudienne et de l’Association Mondiale de psychanalyse, enseignante à la Section Clinique de Lyon, Directrice du CPCT de Lyon.

- 16h00 – Discussion

- 16h15 - Vivre hors norme pour survivre
Crise économique, contraintes budgétaires, restriction de l’immigration, viennent au soutien d’une idéologie sécuritaire normalisante et excluante. Les solidarités naturelles s’effacent et la solidarité organique s’effrite.
La confrontation de la légalité avec des modes de vie alternatifs ou des modes de survie s’aggrave et pose la question de leur légitimité. Les sans papiers, les sortants de prison, les SDF, les malades abandonnés, les jeunes exclus du système scolaire, sont autant de figures de ces nouveaux « hors norme » dont la place dans notre système se réduit peu à peu. Quelles réponses apporter ?
Par Christophe Deltombe, avocat, Président d’Emmaüs France.

- 16h45 - Discussion

- 17h00 - La question sociale aux temps de la globalisation. Horizons et perspectives.
Les droits sociaux des migrants en Europe, entre status civitatis et citoyenneté européenne. Les paradoxes de la globalisation : l’inclusion sociale, l’écart entre les théories, les pratiques et les politiques. Le rôle des initiatives institutionnelles et associatives comme condition du traitement de la demande sociale. Les Droits de l’Homme nouvelle génération.
Par Micaela Bracco, Professeur de Lettres, Coordinatrice de l’INAS – Institut National d’Assistance Sociale de la CISL -Confederazione Italiana Sindacati Lavoratori – en Argentine ; Présidente de la Commission de Prévoyance Sociale du COMITES de Buenos Aires (organe électif de la communauté italienne traitant des questions relatives aux italiens résidant à l’étranger).

- 17h30 - Discussion

- 17h45 – Clôture